REVIEW: Mon roi, de Maïwenn

Mon roi

[longue vie aux acteurs rois]

Mon Roi 2

Mon Roi aurait pu être une violente claque au machisme mais se contente finalement d’enfoncer une grande porte ouverte en démontrant pendant plus de deux heures que dans la vie, on s’éprend parfois de gens méprisables qui nous empoisonnent et que, finalement, rien ne sert de lutter. C’est l’histoire de Tony (Emmanuelle Bercot), une avocate sympathique tombant amoureuse du « roi des connards », Georgio (Vincent Cassel). Plus affolée que le tracé d’un cardiogramme, la relation de ces deux amants que tout oppose est la base sur laquelle s’établit le scénario de Maïwenn, qui peine à décoller. Mais peu importe, sur ce postulat de base, Mon Roi avait mille façons de se rendre intéressant, utile, voire même nécessaire.

Louis Garrel, interprétant avec brio le frère de Tony, devient vite le reflet du spectateur du film, effaré devant l’artificialité de ce combat de catch entre deux acteurs costauds qui ne quittent presque jamais leurs costumes de personnages irréalistes gesticulant et criant leur originalité au milieu de la rue, à la pharmacie ou au restaurant. On n’y croit pas mais là encore, rien de grave.

Le film devient réellement problématique lorsqu’il se complaît à traiter le sujet sans prendre de parti, sans stigmatiser le bourreau du couple, jetant presque autant le blâme sur Tony pour sa passion que sur Georgio pour sa perversité. Les acteurs eux-mêmes défendent cette prétendue neutralité, et c’est assez effrayant. A quoi bon filmer deux heures de destruction psychologique sans proposer à ses personnages – qu’il s’agisse de la victime ou de son bourreau littéralement malade – la moindre échappatoire ? Ni les personnages, ni leurs spectateurs ne tirent une leçon de cette relation autodestructrice sans issue. Maïwenn se contente de ce qu’elle sait faire de mieux : diriger ses acteurs. Évidemment, Vincent Cassel joue à merveille…mais si le film tenait un véritable propos, peut-être sortirions-nous de la salle avec un autre sentiment que celui de s’être fait autant avoir que Tony par le charisme du pervers narcissique que l’acteur incarne.

Cette aisance dans la direction d’acteurs n’était pourtant pas la seule qualité de Maïwenn. Jusque-là, son cinéma flirtait habilement avec le documentaire en s’attaquant à des sujets plus ou moins sensibles, toujours avec une sincérité bouleversante. Ici, les artifices de son théâtre de marionnettes nombrilistes sont trop voyants, et écrasent complètement la gravité de son sujet sous un amas de petites scènes conjugales tantôt comiques, tantôt dramatiques, rarement authentiques.

Que dire du séjour de rééducation métaphorique de Tony, suite à un accident de ski ? Si la symbolique énorme ne s’embête pas avec la subtilité, on se demande bien comment prendre au sérieux l’apparition improbable de Norman – celui qui fait des vidéos – qui fait l’effet comique d’un photobomb. D’une puérilité surprenante qui détonne dans le film, ses blagues gentillettes lassent vite et il est difficile de comprendre d’où sort ce caméo ridicule. Bien sagement, Maïwenn fait se rétablir Tony au milieu de banlieusards sympathiques dont l’innocence permet au personnage de souffler après dix ans de mépris subi jour et nuit à la maison. On comprend le parallèle au bout de dix minutes, mais la chose dure, insérant un deuxième récit encombrant dans sa romance tragique.

Finalement, même les acteurs talentueux qui donnent tout à la caméra de Maïwenn ne suffisent pas à sauver ce film morose et vain. Jusque dans ses derniers plans, Mon Roi conserve le point de vue de son héroïne, mais au lieu de chercher à dénoncer – car il y a réellement un grave problème à pointer du doigt -, Maïwenn épargne le salaud en considérant son film comme une simple représentation générique de la vie de couple. Le personnage d’Emmanuelle Bercot ne sort pas la tête haute, mais penchée sur les bottes de son roi des connards. C’est d’une tristesse…

Thomas Manceau

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