REVIEW: Welcome Back, de Cameron Crowe

Welcome Back

[au gré des sentiments]

Emma Stone;Bradley Cooper

Après son échec cuisant au box-office américain -ainsi qu’auprès des critiques-, Welcome Back s’est vu rejeter par les distributeurs français pour atterrir sur Netflix le 15 octobre dernier, malgré un casting solide et un scénariste-réalisateur relativement apprécié pour des films tels que Jerry Maguire, Presque célèbre ou encore Vanilla Sky. Vendu sans ambiguïté comme une comédie romantique écrite sur un schéma des plus classiques, le film a continué sa route sous les jets de tomates en France, boudé par la grande majorité des quelques spectateurs alléchés par les têtes d’affiche.

Pourtant, peu importe que la fin soit attendue, car Welcome Back emprunte pendant une heure quarante un chemin sinueux fait de détours et de raccourcis improbables. Il s’en dégage une certaine étrangeté qui ne laisse pas indifférent pour peu que l’on accepte de se laisser porter par un script contre toute attente singulier. Le film s’ouvre sur un montage d’images d’archives -certaines authentiques, d’autres factices- toutes plus ou moins connectées aux thèmes de la conquête spatiale et de la culture Hawaienne, sur fond de musique traditionnelle de l’archipel. En voix off, le militaire Brian Gilcrest (Bradley Cooper) raconte sa carrière, ses erreurs de parcours et l’origine de ses relations professionnelles peu recommandables. Puis, le film embraye sur son retour à Hawaii, où il retrouve son ex-compagne, Tracy Woodside (Rachel McAdams), mariée et mère de deux enfants. Enfin, Alison Ng (Emma Stone), une jeune militaire avec qui il doit coopérer pour sa nouvelle mission, fait son apparition.

Brian est le personnage le plus ambigu, à la fois froid et sympathique, direct et mystérieux. Jamais très clair avec les autres protagonistes, il traverse le film comme le spectateur, un peu paumé mais comme enivré, par les personnages féminins autant que par l’atmosphère des lieux. Welcome Back a cette intrigante capacité à nous perdre dans sa spontanéité, qu’il s’agisse de mise en scène ou d’écriture. Les dialogues s’entrechoquent à coups de répliques décalées sans se soucier du statut de chaque personnage (Alec Baldwin en général furax démarrant au quart de tour, Bill Murray en investisseur véreux ou encore John Krasinski en mari presque muet, traduit par des sous-titres dans un dialogue télépathique avec Bradley Cooper). Chacun est amené à dépasser à un moment donné l’archétype dans lequel l’aurait enfermé n’importe quelle comédie romantique bien formatée.

Cameron Crowe tisse une intrigue aux pistes multiples, assez imprévisible et riche de séquences curieuses, allant jusqu’à proposer une scène digne d’un nanar de SF en guise de pré-conclusion, où un événement scientifique international -la mise en orbite d’un satellite lancé depuis Hawaii- est confié à l’esprit vagabond de Brian qui fait tout foirer sur le merveilleux Let’s go out tonight de Craig Armstrong. La bande originale participe aussi à cette sensation de liberté que dégage le film, alternant sons traditionnels et chansons associées aux personnages. On se rappelle ainsi la drôle de séquence au cours de laquelle le général Dixon demande Everybody wants to rule the world de Tears for Fears au DJ animant la soirée d’un club local, qui se transforme en scène de théâtre où circulent les personnages au son d’une playlist aussi éclectique que leurs sujets de conversation.

Si le soupçon d’une sale affaire de fric entre la NASA et un investisseur mal intentionné traîne en toile de fond, ce sont bien les personnages qui sont au centre du film, et l’originalité de Welcome Back tient à son étrange capacité à transcrire le caractère aléatoire et volatile de leurs sentiments et de leurs relations. La logique de la scène et le désir de capter quelque chose d’éphémère l’emportent sur les canons de la comédie romantique américaine classique. C’est probablement ce qui aura pu désappointer le public type du genre. Le film est écrit comme un journal de voyage, au fil du souvenir mais aussi motivé par la volonté de cristalliser l’instant présent, aussi convoité qu’insaisissable.

Un film étrangement sympathique et troublant sous ses airs de love story ensoleillée et convenue.

Thomas Manceau

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