REVIEW: The Green Inferno, de Eli Roth

The Green Inferno

[bêtise et regard]

TGI_002041.jpg

Quel triste choix que d’avoir préféré Knock Knock à The Green Inferno pour une sortie en salles…Si le second n’est pas grandement supérieur au premier, il eût gagné à être visionné sur grand écran (après son passage par le Festival de Toronto), travaillant avec plus d’attention une photographie et une mise en scène inconfortables pour le spectateur.

Le film raconte comment un groupe de jeunes étudiants bourgeois plongés dans la jungle péruvienne pour défendre la cause d’un village d’indigènes menacé d’extinction, est capturé par les cannibales qu’il venait protéger, et qui se montrent bien décidés à profiter du festin qui vient de leur tomber du ciel.

Eli Roth prend le temps d’introduire son film bestial en filmant une troupe de jeunes écolos éclairés comme dans une sitcom, blablatant les pires banalités, à fleur de peau devant un cours sur l’excision en Afrique. Il en faut peu à Justine (Lorenza Izzo) pour se joindre au périple du groupe d’activistes neuneus, et la bêtise continue d’imprégner l’écriture de Roth jusqu’au débarquement dans la jungle, délibérément orchestré de façon grotesque. Face à la milice défendant les ouvriers en charge de raser la forêt, les jeunes rebelles se tirent d’affaire grâce au statut de leur héroïne fraîchement recrutée, fille d’un ambassadeur américain peu concerné dont le simple coup de fil de dernière minute sauvera tout de même la mise. Peu de temps après le décollage, leur petit avion sur le chemin du retour explose et se fracasse contre les arbres imposants, au beau milieu d’une jungle aussi luxuriante qu’hostile.

Dès l’arrivée au village des autochtones, le rythme et le ton du film changent. Eli Roth filme avec plus d’intelligence le naturel des pratiques primitives de cette tribu excitée par tant de chair fraîche, et nous enferme dans une tranquillité angoissante, où les feuillages verdoyants et les sourires des enfants dissimulent flèches empoisonnées et canines acérées. A travers les barreaux de leur cage, nos jeunes militants assistent au spectacle horrifiant des sévices subis par leurs camarades un à un choisis comme plat du jour ou comme matière d’un rituel primitif plus ou moins compréhensible, et Eli Roth s’en donne à cœur joie pour faire monter la sauce en usant principalement de suggestion et d’effets d’anticipation. Car finalement, à l’exception de deux ou trois inserts douloureux sur des membres et organes malmenés, on est loin du naturalisme ultra-explicite du Cannibal Holocaust auquel Eli Roth rend hommage. Le montage saturé de très gros plans sur les entailles, arrachages et trous béants fait qu’on ne comprend rien à certains mouvements, et fait retomber Eli Roth dans les travers d’un cinéma outrancier, guettant la moindre occasion de noyer l’image -et le spectateur- dans un bain d’hémoglobine plus écœurant qu’effrayant.

Bien heureusement, le réalisateur ne verse pas que dans le gore gratuit et retrouve dans les batailles idéologiques sous-jacentes à ce scénario fou, le besoin de porter un regard sur le monde, de toucher à nos peurs réelles et insoupçonnées. Celle par exemple, de faire face à l’inconnu, à l’étranger -chose qui animait déjà Hostel et qui manquait à la grande farce Knock Knock. Ce basculement des militants dans l’angoisse de faire face à ce qu’ils tentent de défendre depuis leur confortable état capitaliste n’est pas qu’un élément de l’intrigue, c’est l’ouverture à la réflexion que propose Eli Roth. Cette tendance à nourrir ses films d’une sur-monstration de la bêtise est aussi la trace de sa conscience de la société et du système dans lequel il vit et tourne, et ce n’est pas rien. Alors, l’intérêt d’un film comme The Green Inferno dépasse le cadre du film de genre efficace: on traverse le film comme un cauchemar, et on se réveille en se rappelant des détails souvent plus inspirés par les angoisses du monde qui nous entoure que par les phénomènes paranormaux qui servent les artifices les plus récurrents du cinéma d’épouvante actuel.

Thomas Manceau

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s