REVIEW: The Visit, de M. Night Shyamalan

The Visit

[les grimaces contemporaines]

The Visit 2

On parle beaucoup du retour de Shyamalan. Des retrouvailles avec un cinéaste que nous aurions perdu (ou qui se serait perdu ?). La vérité est que si After Earth était raté, si Le Dernier Maître de l’Air avait déçu, c’est précisément parce que Shyamalan est toujours resté fidèle, à lui-même comme à son public. Devant assumer rapidement un statut de « Golden boy » d’Hollywood après le succès de Sixième Sens, Manoj de son vrai prénom aurait pu céder à la tentation d’une production sécurisante mais aussi formatée. Jamais il ne s’est trahi. Le cinéaste a souvent divisé car il n’en fait qu’à sa tête et n’a pas peur de préserver l’innocence qu’il entretient dans ses intrigues en forme de conte, quels que soient le genre et le registre dans lesquels il s’aventure. C’est ce qui en fait un vrai auteur, et un personnage précieux du cinéma hollywoodien.

Avec The Visit, il s’attaque à l’épouvante pure, déjà plus ou moins présente dans plusieurs de ses films précédents (Sixième Sens, Signes, Le Village, Phénomènes), et pour ce faire, il choisit de mettre à l’honneur le found footage, format vidéo désormais bien connu du grand public et majoritairement popularisé par la saga Paranormal Activity. Ce choix est intéressant pour deux raisons. D’abord, il place le réalisateur dans une position de vieux singe du cinéma d’horreur apprenant à faire la grimace à la mode de ces dernières années. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le maître a pris le temps d’éprouver le concept et en a saisi tout le potentiel. Il manipule avec justesse défauts de cadrage, zooms disgracieux et autres amateurismes pour en faire des armes de terreur. Il offre ainsi quelques scènes à deux caméras ultra-efficaces, séparant les enfants dans leur angoisse, les enfermant littéralement à deux extrémités de la maison avec pour seul secours ces deux petites caméras, figeant l’horreur dans des cadres hasardeux.

Ensuite, ce format de bricolage vidéo met en exergue la magie du cinéma de Shyamalan, qui sait mieux que quiconque apprivoiser les détails de notre quotidien pour en extraire l’inquiétant. Quoi de plus efficace que l’épure de l’image pour démontrer ses talents de pure mise en scène ? Aux effets visuels et à l’épate synthétique, il préfère le travail de la composition et le potentiel des mouvements de caméra, du plus simple décadrage au plus brutal mouvement d’appareil à l’épaule tremblante d’enfants rampant sous les fondations de la maison. A la sempiternelle peur du noir et de l’indistinct, il oppose l’étrangeté et le trouble de l’explicite, de ce qui peut se voir en plein jour dans une pièce aussi anodine qu’une cuisine de grand-mère.

La bombe à retardement du jaillissement surnaturel est rapidement désamorcée par le sundowning (« syndrome du crépuscule »), phénomène naturel qui dérègle le comportement des grands-parents à la tombée de la nuit. Le fantastique cher à notre conteur indien survient plutôt dans la folie des personnages, dans leurs récits inquiétants à propos de la population mystérieuse de l’étang d’à côté, ou encore d’un albinos flippant qui aurait travaillé à l’usine du grand-père…

Car le cinéma de Shyamalan est aussi en grande partie un art de la transmission, qu’il s’agisse d’histoires avant de dormir ou de fables moralisatrices. Le film n’y échappe pas et sa conclusion est ce qui le connecte le plus visiblement au reste de sa filmographie. Ceux qui ne sont pas réceptifs à l’esprit de Shyamalan ne supporteront probablement pas tout « l’à-côté » du film d’horreur qu’est The Visit. Même lorsqu’il s’attaque au film de genre, il demeure avant tout amoureux de ses personnages, et respectueux de son public. Et ce respect s’exprime en grande partie dans la beauté et la complétude du portrait de ses personnages, jusqu’à la fin de chaque film. Les enfants de The Visit sont magnifiquement dirigés, développant un jeu dont le naturel concorde avec le parti pris esthétique du réalisateur. Les deux acteurs jouant le couple de grands-parents livrent également une performance impressionnante, aussi effrayants dans leur étrange tranquillité que dans leurs crises de démence.

Ajoutez à cela un travail saisissant sur le sound design, et quelques pointes d’humour dosées par un auteur minutieux au ton léger, et vous aurez un bref aperçu de ce qui peut vous attendre dans The Visit.

Mais quoi qu’il arrive, il semble qu’avec ce film mineur, Shyamalan tente de prendre la température, de se glisser encore une fois dans le cinéma populaire avec intelligence pour voir s’il trouvera à nouveau le public réceptif à son art. Alors, encourageons-le en saluant ce petit film remarquable qui inspire à nouveau de belles choses pour l’avenir de sa carrière.

Thomas Manceau

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