REVIEW: Les deux amis, de Louis Garrel

Les deux amis

[jeune et classique]

deux amis

C’est l’histoire de Clément (Vincent Macaigne), un figurant de cinéma, amoureux de Mona (Golshifteh Farahani), vendeuse dans une sandwicherie de la Gare du Nord. Celle-ci lui échappe, dissimulant un secret inavouable. Abel (Louis Garrel), l’unique ami de Clément, va tenter de lui venir en aide jusqu’à finir par faire de Mona sa propre conquête.

Les deux amis est le premier long-métrage de Louis Garrel, qui était déjà passé derrière la caméra pour le tournage de trois courts-métrages : Mes copains(2008), Petit Tailleur (2010) et La Règle de trois (2011). Sélectionné à la Semaine de la Critique cet été à Cannes, le film tire sa réussite d’une grande liberté et d’une maîtrise certaine quant à la variation de tons que propose le scénario de Garrel et Honoré.

En dépit de la jeunesse de son auteur, le film s’avère assez classique dans sa mise en scène, retrouvant tout de même son énergie juvénile au détour de quelques scènes détonantes, comme celle proposant une chorégraphie improbable de Golshifteh Farahani qui se fond dans un bar à l’éclairage bleuté, tourbillonnant inlassablement au son de « Easy Easy » de King Krule. Une autre belle pause arrive plus tard dans la frénésie d’une discothèque, filmée au ralenti sous les yeux de Clément et Abel.

En dehors de ces instants contemplatifs, la caméra de Garrel se déplace furtivement à travers Paris que l’on entend et entrevoit seulement, le cadre resserré étant essentiellement consacré au suivi des personnages dans leurs chaotiques et incessantes courses-poursuites. Un humour léger et bienvenu pointe régulièrement au milieu de la grande crise sentimentale qui tourmente le trio.

Les deux amis creuse le plus souvent la question des relations amoureuses dans ce qu’elles peuvent avoir de frustrant et d’absurde, et crée une bulle dépressive de laquelle on peine à s’extirper et qui pourrait devenir irrespirable pour les spectateurs insensibles aux charmes du film. Les trois acteurs principaux y insufflent cependant une énergie qui permet de se raccrocher à de beaux portraits qui font oublier la déprime scénaristique de l’ensemble.

Toujours plus impressionnant, Macaigne est d’une justesse incroyable dans ses moments de détresse et ses accès de colère. Garrel complète habilement ce personnage devant la caméra, et si la forme du duo est peu originale, celui-ci fonctionne parfaitement tout au long du film. Enfin, Golshifteh Faharani est rayonnante, tenant le film sur ses épaules sans hésiter à le faire vaciller dans les séquences qui lui sont pleinement consacrées. Le film lui-même semble fait pour mettre en lumière cette jeune actrice franco-iranienne à la filmographie déjà conséquente, qui crève ici l’écran à chacune de ses apparitions.

Sans que l’on ne puisse s’empêcher de ressasser une noirceur générale un peu forcée qui ne laisse que peu de place à autre chose que la mélancolie en sortant de la salle, on est tout de même convaincu que Louis Garrel a un truc bien à lui, qui ne demande qu’à être décliné sous les formes diverses que pourra prendre son cinéma en tant qu’acteur-réalisateur.

Thomas Manceau

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