REVIEW: Mississippi Grind, de Ryan Fleck et Anna Boden

Mississippi Grind

[objectif nul]

mississippi grind

Le tandem Ryan Fleck/Anna Boden est principalement connu pour le film dramatique Half Nelson, assez bien reçu par la Critique en 2006. Cette fois, leur collaboration derrière la caméra accouche d’un horrible drame intitulé Mississippi Grind, film bête et transparent où Ryan Reynolds partage l’affiche avec Ben Mendelsohn, récemment aperçu dans Lost River de Ryan Gosling.

L’introduction expéditive rapproche autour d’une table de jeux Gerry (Mendelsohn), un vieux joueur de poker malchanceux, et Curtis (Reynolds), un jeune vagabond classieux et mystérieux. Sentant que ce dernier lui porte chance, Gerry lui demande de l’accompagner pour un road trip sur les routes du sud afin de récolter la somme nécessaire au remboursement de ses dettes en faisant la tournée des casinos et autres lieux où la chance est de mise. Écrits avec les pieds, les deux personnages ne partagent pas le moindre point commun, et de leur rencontre à leur séparation, ne gagnent jamais en crédibilité.

Ryan Reynolds est une espèce de Gosling parlant, dont le charme ténébreux n’a d’égale que sa nonchalance, et qui pue l’arnaque dès sa première apparition dans le film. C’est un personnage qui n’existe pas, l’illustre inconnu à la richesse obscure qui tend la main au premier raté qu’il croise au détour d’une partie de cartes, et qui feint de s’intéresser à son cas en acceptant un voyage pour lequel il avoue n’avoir aucun intérêt.

Gerry a « des problèmes avec l’argent ». Dès lors, quoi de plus logique que d’abandonner son emploi d’agent immobilier sur un coup de tête pour aller flamber dans tous les sens avec un homme rencontré la veille ? De cette pseudo-amitié naît rapidement une hiérarchie désagréable assignant à Reynolds le rôle de témoin de la déchéance du pathétique Gerry. Il regarde ce spectacle lamentable en souriant, prêt à fournir l’avance nécessaire lorsque son compagnon de route n’a plus rien à miser. Le paroxysme de cette relation nauséabonde est atteint lorsque Curtis se décide à remonter les bretelles de l’enfant pas sage Gerry, qui après avoir dépensé leur pécule à la roulette, apparait « le dos voûté comme un enfant qui a pissé dans son froc ». Le sous-fifre va jusqu’à s’excuser: « Je ne suis pas quelqu’un de bien. Je ne te mérite pas. »

Curtis a cette phrase philosophique de comptoir récurrente héritée de son père, « Le voyage est la destination », et si toutefois les paroles de ses personnages avaient un sens, l’objectif de Mississippi Grind serait une grande errance sans but dans les poubelles d’Ocean’s Eleven, sans même avoir le mérite de donner une leçon à ses promeneurs paumés. Le film n’adopte pas la posture critique attendue envers son sujet, et évite l’apologie du jeu de justesse en méprisant son personnage principal jusqu’au bout. Gerry empoche 500 mille dollars, mais il est toujours malheureux. Ouf.

Que dire du traitement des personnages féminins, plus ridicules encore que leurs amants passagers ? La palme revient à Vanessa (Analeigh Tipton), apprenti-magicienne un peu attardée, qui cherche à faire rejaillir le Gerry séducteur du passé. La scène, consternante, se passe un soir dans une chambre d’hôtel dotée d’un piano désaccordé sur lequel Gerry tente en vain d’arracher l’instant d’émotion nécessaire au respect des canons du road movie dramatique américain.

La fade réalisation du film ajoute à l’alanguissement général: cadres de traviole, photographie grisâtre inesthétique, scènes de poker minables…Rien ne sauve ce film perdu au croisement de deux ruelles sombres où s’entassent jetons multicolores, billets de banque fraîchement enliassés, costards d’un soir et autres objets tous plus dégueulasses les uns que les autres.

Thomas Manceau

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