REVIEW: Human, de Yann Artus-Bertrand

Human

[l’amour extra-large]

human

Que fait Yann Artus-Bertrand de ses 3h11 de témoignages humains, au juste ? Quel est son projet ? Peu de réponses viennent à l’esprit à l’issue du visionnage de ce qui ressemble malheureusement à une masse photographique désordonnée et dégoulinante de bons sentiments. Le réalisateur de Home (dont on ne doute pas qu’il partait avec de bonnes intentions) compile pas moins de 110 interviews filmées à travers le monde entier, alternant descriptions de situations sociales et courts récits de vie tirant les larmes au forceps.

Tous les maux du monde y passent (conflits militaires, terrorisme, pauvreté, difficultés d’intégration, homophobie, sexisme, VIH, famine…), à travers le discours d’hommes et de femmes parfaitement photographiés sur fond noir. Le souci étant que rien dans cet ensemble de poncifs sur l’humanité n’amorce les bribes d’une explication de la situation actuelle du monde. Tout ces commentaires a posteriori ont beau être touchants, ils n’apprendront rien au spectateur un minimum cultivé et ouvert d’esprit qui lit régulièrement le journal.

Les contrastes bien visibles marqués par les choix de montage et l’intégration de longs plans larges sur des paysages naturels divers (regardez, on a quand même de sacrées belles choses à partager sur notre bonne planète bleue) sont assez balourdes et le film parait dans son ensemble d’une grande candeur.

La démarche de descendre au village pour tendre le micro à tous ceux qui vivent dans l’ombre les pires heures de l’Histoire était louable, mais il eût été plus constructif de commenter, d’analyser, de tenter d’expliquer ces témoignages. Chose impossible si l’on souhaite s’attaquer à autant de sujets à la fois. Le film devient donc une immense coquille vide, le filmage minutieux de discours entendus au quotidien par quiconque ne vit pas en ermite.

La mise en scène déployée pour filmer avec le même esthétisme la beauté et la misère du monde en dehors de tous ces portraits laisse dubitatif. Quel est l’intérêt de produire la plus belle image possible en slow motion pour filmer un jeune homme arpentant une décharge face à une vague de déchets déplacés par un tractopelle ? Difficile d’admirer pareille vue façon Ushuaïa Nature sans contextualisation (les images s’enchaînent souvent sans rapport avec les portraits qui les précèdent). On est plus proche du photo-reportage que du documentaire, et l’alternance arbitraire des sujets évoqués est embarrassante.

Parfois, le film effleure de belles choses, en laissant s’exprimer les gens dans leur intimité, évitant ainsi d’enfoncer des portes ouvertes. Une jeune fille s’interroge naturellement sur son incapacité à dire à ses parents qu’elle les aime ; une mère de famille s’angoisse de ne pas laisser de trace de son passage sur Terre avant de mourir : un adolescent réfléchit au sens de la vie après sa condamnation à l’emprisonnement à perpétuité…

Cela parait innocent mais c’est tout de même autre chose que de faire raconter un énième coming out, ou d’écouter un soldat odieux déclarer sa passion pour la vengeance et la barbarie. Mais ces questionnements plus personnels sont négligés et noyés dans un flot de larmes pathétiques, happés par le projet vain de Yann Artus-Bertrand de restituer un témoignage universel en donnant indifféremment la parole aux oppresseurs et aux opprimés des quatre coins du monde.

Thomas Manceau

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