REVIEW: Le Tout Nouveau Testament, de Jaco Van Dormael

Le Tout Nouveau Testament

[overdose de frites]

testament

Après le remarqué Toto le héros en 1991, le gentillet Huitième Jour en 1995 et le culte Mr Nobody en 2009, Jaco Van Dormael propose aujourd’hui son « nouveau testament » à travers la quête de la fille de Dieu en personne, échappée de sa cage à l’âge de dix ans pour rejoindre le monde fabriqué par son paternel dans le but de rassembler six nouveaux apôtres selon ses innocents critères de jeune fille. Pour faire enrager son père et foutre en l’air sa machine à tout faire (un ordinateur archaïque), elle décide de pirater cette dernière et de transmettre leurs dates de décès à tous les êtres-humains via leurs téléphones portables.

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2015, le film tient à peu près la route, traînant néanmoins les réelles longueurs et lourdeurs d’un scénario inégal et d’une mise en scène surfaite.

Contrairement à ce qu’on a pu entendre ou lire, ce n’est pas Poelvoorde qui tient le film, surjouant des gags puérils à l’occasion de ses rares apparitions en Dieu pathétique et détestable. D’abord désagréable pour son mépris de sa famille et de ses créations humaines, le personnage devient vite ridicule et souvent agaçant, humilié tour à tour par sa fille et par les personnes qu’il rencontre au cours d’une longue escapade dans le monde créé sur son super-ordinateur. L’acteur et humoriste belge ne propose que gueulantes et gesticulations, amoindri par des dialogues bêtes et un rôle quasi-inutile dans l’intrigue.

La jeune actrice interprétant Ea (la fille de Dieu), Pili Groyne, est en revanche d’une certaine justesse et dépasse, grâce à une assurance remarquable, l’insouciance de son personnage. Elle participe à l’émotion des quelques belles idées du scénario (en particulier dans la mise en relation improbable des néo-apôtres) et sait se mesurer sans rougir à la ribambelle d’acteurs expérimentés à laquelle elle fait face.

Du reste, les têtes connues du casting tiennent leurs promesses (même si Catherine Deneuve et Yolande Moreau n’ont pas grand chose à jouer) sans pour autant faire la force du film, un peu écrasés par le besoin de Van Dormael d’étaler une culture populaire qui envahit ses dialogues verbeux et sa bande originale pompeuse.

A juste titre, on a beaucoup comparé le style de mise en scène à celui de Jean-Pierre Jeunet, oscillant entre des images poétiques plus ou moins bien employées et des effets de montage et de cadrage très (trop) esthétisés. Malheureusement, l’ambivalence de cette exagération artistique autant utilisée pour la beauté des moments d’émotion que pour l’efficacité de ses gags crée quelques transitions maladroites et discrédite des scènes de drame pur par des effets de style tape-à-l’œil. Les effets visuels rudimentaires ajoutent à cette overdose d’artifices et une telle superficialité empêche parfois de prendre Van Dormael au sérieux dans ses élans d’humanisme.

On eût en revanche apprécié qu’il débride sa sélection musicale. La bande originale du film se concentre en grande partie dans un concept sympathique: parmi les pouvoirs divins d’Ea se trouve une aptitude à entendre « la petite musique » des gens, sorte de transcription sonore du caractère et de l’état d’esprit de chaque personne. Alors que le profil de certains personnages présentait l’occasion de décalages musicaux potentiellement drôles, le réalisateur belge, dans son côté intellectuel du dimanche, ne propose que des thèmes classiques et de la bonne vieille chanson française.

Le film en apparence auteuriste sur les bords offre un dénouement sans grande ambition, à peine plus personnel et original qu’une fin de comédie française standard, surtout dans le sort réservé à Dieu, minable jusqu’au bout.

Outre ces nombreux défauts, on retiendra tout de même le portrait des apôtres très bien brossé, l’exploitation du champ de possibilités de son sujet (Comment peut-on réagir lorsqu’on apprend la date de son décès ? Quelle hiérarchie peut se créer entre les hommes en fonction de leur espérance de vie ?…), ainsi qu’un drôle de running gag dans lequel Kevin, un ado à qui il reste soixante-deux ans à vivre, multiplie les tests en se jetant dans le vide sans parachute et sans filet, s’adressant à la caméra façon podcast Youtube.

Un film à la fois généreux et too much, qui trouvera certainement preneurs auprès d’un public très gourmand qui n’aura pas peur de l’overdose.

Thomas Manceau

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