REVIEW: Mission Impossible 5, de Christopher McQuarrie

Mission Impossible: Rogue Nation

[opéra, baignade et dérapages]

mi 5

Rogue Nation n’est que le troisième long de Christopher McQuarrie, mais celui-ci affiche une sacrée filmographie en tant que scénariste. Il a notamment collaboré à plusieurs reprises avec Bryan Singer, dont il a signé le fameux Usual Suspects qui lui valut l’Oscar du meilleur scénario original. Malgré d’autres titres moins fameux (il a cosigné Jack le chasseur de géants), c’est tout logiquement que l’on a confié Mission Impossible 5 à McQuarrie qui avait déjà écrit le volet précédent (Protocole Fantôme).

Il y avait donc d’abord une plume expérimentée derrière le projet Rogue Nation, et le scénario se révèle à la hauteur, proposant une intrigue riche en rebondissements et en moments de bravoure jouissifs. A l’instar de ses prédécesseurs, le film s’ouvre sur une scène spectaculaire mettant en scène un Tom Cruise en bonne forme grimpant sur un avion qui décolle. Premiers frissons avant le démarrage toujours attendu du générique au thème légendaire. Le scénario s’articule autour de l’enquête d’Ethan Hunt visant à prouver l’existence du « Syndicat », un groupe de criminels international, sur fond de dissolution de la Force Mission Impossible et de conflit avec la CIA.

Dans un flot d’informations parfois difficiles à suivre, MI 5 trouve son rythme et multiplie les scènes de suspense et d’action, avec trois séquences particulièrement audacieuses: le croisement d’espions en mission au cours d’un opéra, la séance de plongée interminable d’Ethan et une course-poursuite endiablée en voiture, puis à moto.

La première est admirable pour son ingéniosité, sa virtuosité et sa montée en puissance. McQuarrie propose une infiltration dans les coulisses d’un opéra aux décors exotiques à Vienne. Plusieurs agents parviennent à s’introduire dans le bâtiment et à se faufiler derrière la scène, avec leurs objectifs personnels. Il y a d’abord l’inventivité à l’œuvre dans la conception des armes, dissimulées à l’intérieur d’instruments de musique désarticulés: un sourire se dessine sur les visages des spectateurs, des chuchotements se font entendre. Puis, la musique interprétée par l’orchestre s’emballe, les agents prennent leurs positions stratégiques. Un jeu de regards bien cadrés se déclenche et le montage prend les rennes de la séquence admirablement orchestrée. McQuarrie joue avec la mobilité des décors, faisant virevolter ses personnages à l’arrière-plan de la représentation. Les espions montent, descendent, chutent dans un affrontement silencieux presque burlesque, qui prend fin après les premiers coups de feu.

Quelques temps plus tard, Ethan est chargé de plonger sous un grand centre de données pour y falsifier un fichier. Le temps est compté, la scène joue avec nos nerfs comme bien d’autres séquences d’apnée mémorables, mais il y a quelque chose d’intéressant dans la mise en scène des péripéties de Tom Cruise. Un travail habile est effectué sur la vitesse et les décalages rythmiques causés par l’effet de siphon auquel Ethan doit bientôt faire face, devant assurer un double combat face au manque d’oxygène et à la puissance de l’eau qui l’emporte. Son corps fuse à travers le cadre qui peine à le suivre. On est alors pris d’un certain vertige qui s’ajoute à la tension déjà créée par cette situation claustrophobique. Tout au long de la saga, des moments de perte de contrôle pour le personnage principal surviennent, souvent lorsqu’il est fait captif. Mais ce tourbillon aquatique est un moment particulièrement éprouvant pour nous, spectateurs, qui faisons corps avec ces kilos de muscles impuissants.

Enfin, la grande séquence de course-poursuite à travers les rues marocaines marque un troisième temps fort du film, battant à plate couture bon nombre de références dans le domaine, grâce à un montage soigné et aéré, qui laisse durer des plans qui prouvent que nos battements de cœur ne dépendent pas d’un découpage épileptique. Tom Cruise est toujours aussi casse-cou, et son entêtement de cascadeur sans limite joue beaucoup sur le sensationnel de ces scènes, qu’il joue avec une aisance déboussolante.

Il faut absolument rappeler combien le traitement du personnage féminin est agréable, et son interprétation d’une certaine justesse. Rebecca Fergusson est une sacrée révélation qui permet régulièrement à Ilsa Faust (son personnage) de tenir tête à un Ethan Hunt qui semble avoir trouvé son alter-ego féminin. Ses élans de courage et ses cascades sont tout aussi impressionnants, et ça fait du bien dans un monde où les blockbusters américains exhibent les actrices au travers de rôles niais et sans envergure.

Les femmes de Mission Impossible ne sont pas des « Ethan Hunt girls », elles tapent du poing et crèvent l’écran (souvenons-nous également de l’une des dernières scènes de MI 3 dans laquelle Julia prenait totalement en charge le tournant héroïque de la séquence en se débarrassant des ennemis avant de réanimer un Tom Cruise sévèrement amoché).

La tendance humoristique principalement amorcée avec le volet précédent perdure, et le film perd parfois des points en flirtant avec un humour visant à dédouaner quelques facilités scénaristiques, mais dans l’ensemble celui-ci est bien dosé et vient relativiser les prouesses et l’invincibilité du super-héros Hunt. Film d’espionnage ou pas, nul code ne pose de limite aux aventures de la Force Mission Impossible, ni dans l’humour, ni dans le spectaculaire.

C’est là toute la différence avec l’ennuyeux agent 007: l’un sans vie se pavane en costard dans une Aston Martin, l’autre arbore une chemise ringarde au volant d’une BM, presque tout sourire.

Thomas Manceau

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