REVIEW: Les 4 Fantastiques, de Josh Trank

Les 4 Fantastiques

[même pas cool]

4 fantastiques

Après un Chronicle aussi sympathique que novateur (dans son détournement et son utilisation singulière du found footage), Josh Trank avait la cote à Hollywood et semblait assez bien indiqué pour relancer Les Quatre Fantastiques de Marvel, avec un regard plus jeune et moins kitsch que celui adressé à ces super-héros dans les adaptations précédentes. Pourtant, le film est une catastrophe et la prétendue relation houleuse entre le réalisateur fougueux et son producteur sur le tournage ne peut justifier entièrement un tel échec.

Passons sur la mise en scène discrète et les effets visuels quasi-inexploités (retenons à la rigueur le travail de l’aspect apocalyptique d’une dimension parallèle peu ragoutante) pour se concentrer sur le scénario du film, handicapé de bout en bout.

Le souci majeur de cette nouvelle adaptation est son incohérence rythmique. De son introduction précipitée à sa conclusion expédiée en passant par un développement interminable, jamais le film ne propose une dynamique captivante et une chronologie vraisemblable. Il accumule les raccourcis et les facilités grossières.

Inventé depuis le garage du classique enfant surdoué mais rejeté, le téléporteur utilisé par les héros pour passer de notre monde à une dimension inconnue sans trop de souci (c’est plus rapide, plus confortable et moins dangereux que l’avion visiblement) est un exemple de fainéantise scénaristique horripilante, car tout de sa création à son utilisation semble aisé. On va vite et on n’explique rien…Sans demander une certaine exactitude scientifique, on est en droit de désirer un scénario qui serait conscient que tout de même, la téléportation, c’est autre chose que de réinventer un ustensile de cuisine.

Une fois l’équipe d’ados plus ou moins intelligents formée par le père de deux d’entre eux (Johnny, la « torche humaine » et Sue, la « femme invisible avec des pouvoirs bonus »), le développement de la machine est montré à travers deux-trois blagues, quelques inserts sur des schémas incompréhensibles et des ellipses vulgairement inscrites sur fond noir. La plus foireuse étant l’année suivant la transformation des quatre personnages, passant outre la découverte de leurs pouvoirs (ce qui faisait la qualité principale du film précédent de Trank) et les reléguant directement au rang d’esclaves du gouvernement, qui leur fait miroiter une guérison en échange d’une collaboration en vue de retourner dans l’autre monde (la dimension accessible via le téléporteur). Une structure lacunaire encouragée par un montage multipliant les fondus au noir faciles et une tendance à expédier des lignes de dialogue vides récitées par des acteurs en roue libre pendant près de deux heures.

Au sein du laboratoire dans lequel on entre et on sort comme dans un moulin, le microcosme de scientifiques (aucun ne semble d’ailleurs travailler à la conception de la machine en dehors des quatre têtes d’ampoule) a l’air coupé du monde extérieur, tout comme le spectateur, si bien qu’on ne comprend rien à ce qui se passe sur Terre pendant les escapades inter-dimensionnelles des quatre héros.

Tous les protagonistes sont d’une passivité consternante face aux événements qui se produisent autour d’eux et n’ont aucune personnalité (on atteint des sommets lorsque le père découvre les pouvoirs de ses deux enfants, cillant à peine en voyant l’un s’enflammer et l’autre apparaitre et disparaitre sous ses yeux pour la première fois). Leurs bêtes séances d’entraînement observées par des scientifiques dont on ne comprend pas bien les intentions réduit à néant la force des héros qui se retrouvent comme des animaux en cage et qui sont de toute manière méprisés dès leur introduction dans l’intrigue. Psychologie, zéro, cohérence des relations, nulle…

Le personnage de Victor (le grand méchant presque absent du film) est d’une stupidité insupportable, participant souvent aux dialogues les plus lamentables et s’éteignant dans un trou scénaristique incompréhensible après le pire combat final observé depuis longtemps chez Marvel. Dans cette intrigue sans queue ni tête, personne ne semble à sa place (à commencer par les acteurs qui ont dû vite déchanter au vu des rumeurs entourant le tournage infernal du film).

Josh Trank trouve la touche finale parfaite avec un dialogue entre les quatre pathétiques qui tourne à la discussion de cour de récréation lorsqu’ils cherchent à se mettre d’accord sur le nom de l’équipe super-héroïque fraichement constituée. Au final, il n’aura même pas relevé le défi mineur d’être cool, ce qu’avait à peu près réussi Tim Story en 2005. Dieu merci, le supplice se limite à une heure quarante-cinq.

Thomas Manceau

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