Unfriended: Un film d’horreur malin et touchant

unfriended

Avant Unfriended, Levan Gabriadze avait réalisé deux films assez méconnus chez nous: une comédie romantique peu reluisante avec Milla Jovovitch (Vykrutasy, rebaptisé Lucky Trouble par les anglophones) et la deuxième suite d’une version russe des New Year’s Movies intitulée Yolki. On ne se risquera pas à évaluer la progression du réalisateur sans les avoir vus, mais ce qui semble évident, c’est que le concept original et le genre d‘Unfriended viennent trancher avec les standards pleins de bons sentiments que l’on suppose derrière les titres cités précédemment.

Cyber-huis clos

Comment peut-on chaque année snobber des films comme Unfriended ? La (presque) bonne nouvelle, c’est que le film aura probablement une deuxième vie après son exploitation en salles. Le concept est simple: une bande d’adolescents tente de faire face à une cyberattaque en communiquant via Skype et Facebook. Le dispositif: une capture d’écran vidéo d’1h22 en guise de plan-séquence nous offrant le point de vue du personnage principal à travers l’écran de son mac. Ainsi, le fait de visionner le film sur un écran d’ordinateur ajoute à la puissance d’immersion du film (on a souvent envie de cliquer à la place du personnage).

Ce groupe d’amis est donc victime de ce qui ressemble à un troll  ayant hacké les comptes Facebook et Skype de leur défunte amie Laura Barns, et qui se fait de plus en plus menaçant. On doit noter la justesse d’interprétation des jeunes acteurs à qui on confie quelques moments d’émotion, loin des hurlements qui se font entendre dans la bande annonce. En effet, le film prend un tournant dramatique lorsqu’il se penche sur la fragilité de l’amitié et des secrets des adolescents mis à l’épreuve. Unfriended tend parfois plus vers le larmoyant que l’horrifique, ce qui aura pu décevoir les bouffeurs de popcorn venus se baffrer leur dose d’adrénaline mensuelle.

Il y a deux effets particulièrement remarquables avec ce fameux dispositif. Tout d’abord, un chaos impressionnant d’autant plus intéressant qu’il nous place face au désordre qui caractérise notre quotidien d’internautes. Les fenêtres s’ouvrent et se ferment, les onglets se multiplient, on clique dans tous les sens, on parle dans nos micros, parfois à plusieurs personnes en même temps; tout cela sans aucune cohérence et à une vitesse ahurissante.

C’est par cet espace virtuel qui trouve ses limites dans un cercle d’applications favorites (Skype, Facebook, iTunes…) que se fait l’identification aux personnages, le miroir tendu par le film étant encore plus net si l’on choisit un ordinateur comme support, créant une mise en abyme flippante.

Mais il y a aussi cette sensation de flottement, plus vertigineuse encore, provoquée par des moments d’attente et d’angoisse. Angoisse des ruptures de l’action, peur du silence et du vide lorsque le hacker fantomatique disparait momentanément. Alors on respire fort dans son micro, on guette une notification, face à ce grand cadre fixe. A l’intérieur, seuls les mouvements hachurés des personnages vus à travers leurs webcams s’animent dans ces interfaces statiques. Puis, la tension remonte dans la violence de certains passages où l’on impose à ces ados de se dévoiler dans un temps limité, menacés de mort. La mise à distance et la prise de recul se font alors sans réflexion, dans la précipitation, comme les erreurs commises en ligne (commentaires, identification sur des photos…) qui les ont conduits dans cette situation.

Finalement, Unfriended est moins un bête avertissement sur le danger de Chatroulette et autres repères de prédateurs du web qu’un regard sur le net comme machine vampirisant l’amitié et surtout les secrets, pour les faire ressurgir à n’importe quel moment.

Il est tellement regrettable de voir le film s’effondrer dans ses derniers instants, la faute à un scénariste (ou au producteur) qui semble ne plus avoir confiance en son concept et retombe dans le fourre-tout de l’horreur de seconde zone. Alors que l’œuvre trouve sa conclusion avant ses toutes dernières images, elle propose un ultime sursaut inutile et pathétique, au lieu de se clore dans la brutalité de son dispositif efficace. Unfriended reste à voir, pour sa forme ingénieuse et parce qu’il est loin d’être aussi vain qu’on a pu le lire dans les critiques de ses nombreux détracteurs.

Note: ★★★

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Une réflexion au sujet de « Unfriended: Un film d’horreur malin et touchant »

  1. Bon, je voulais juste mettre un j’aime, mais je ne sais pas comment faire sans compte WordPress.

    Bref toussa pour dire que je plussoie cette chronique ( mais uniquement pcke je pense pareil hinhinhin).

    J'aime

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