Inherent Vice: Enquête psychédélique pour Joaquin Phoenix

inherent vice

Les connaisseurs de la filmographie d’Anderson le savaient avant d’entrer dans la salle: la concentration est requise. Son style de narration chaotique et ses personnages hauts en couleur semblaient tout indiqués pour une virée dans le Los Angeles décadent des 70’s décrit par Thomas Pynchon dans le roman homonyme. Au lendemain de sa première projection aux Etats-Unis, Inherent Vice avait totalement perdu son statut prématuré de favori aux Oscars… Certes plus exigeant que There Will Be Blood, Magnolia et autres Boogie Nights, le film est pourtant un très bon divertissement, pour peu que l’on accepte d’être déboussolé par son scénario perché et ses personnages hallucinés.

Hallucinogénie

La trombine métamorphosée de Joaquin Phoenix marquait déjà des points, mais le trip d’Anderson va au-delà de l’excentricité de l’apparence des personnages et des décors. Le fil conducteur du scénario (l’enquête de Doc Sportello sur la disparition d’un milliardaire) est une toile de fond rendue passionnante par les points de vue divergents des personnages, parfois déformés par les substances qu’ils prennent à longueur de journée.

On notera d’ailleurs l’omniprésence d’une voix singulière, celle de Sortilège, d’abord absente du cadre en tant que narratrice, puis matérialisée en tant que personnage à part entière. Cette fonction de narratrice serait un parti pris d’Anderson, se détachant sur ce point du récit de Pynchon.

Ce qui est peut-être le plus surprenant (et agréable) dans Inherent Vice, c’est la mélancolie qui imprègne certaines séquences, comme celle du souvenir d’un terrain vague par Sportello, associé à sa relation passée avec son ex-petite-amie Shasta.

Celles-ci nuancent la caractérisation des protagonistes et rendent ces derniers plus attachants, en leur offrant l’occasion de se détacher par moments de la narration alambiquée du réalisateur (on pouvait lui reprocher de rendre certains de ses scénarios compliqués de façon un peu gratuite, au détriment de ses personnages parfois étouffés par leurs verbiages). Il en va de même avec l’humour qui pointe à plusieurs reprises dans le film, ainsi qu’avec la musique de Jonny Greenwood, qui ajoutent à la légèreté relative du film.

Ce septième long-métrage demeure exigeant avec son public du fait de son scénario dense et de ses dialogues volontairement décousus, et il n’est pas forcément le film idéal à voir pour découvrir Paul Thomas Anderson.

Les cinéphiles familiers du réalisateur devraient en revanche apprécier pleinement le film (probablement l’un des meilleurs de PTA), qui apporte une touche psyché sympathique à sa filmographie et confirme ici son talent de directeur d’acteurs, guidant à travers le brouillard cet équipage de junkies à la dérive.

Note: ★★★★

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