REVIEW: Interstellar, de Christopher Nolan

Interstellar

[contre la montre aux confins de l’univers]

interstellar

Si Interstellar n’était qu’un énième film sur l’espace, on dirait à juste titre qu’il est fermé sur lui-même, verrouillé par le rationalisme obsessionnel de Christopher Nolan. Si la conquête spatiale était son sujet principal, le film occulterait effectivement toute la part de mystère qui fait de 2001, l’Odyssée de l’espace un chef d’œuvre. Le réalisateur de Memento, conformément à sa ligne de conduite, dissémine un peu partout des indices dès les premiers instants de son film, pour proposer une énigme qu’il ne pourra s’empêcher de résoudre dans sa conclusion.

Si Interstellar se voulait aussi métaphysique que les films de Kubrick et de Tarkovski, et s’il n’avait pour seuls arguments que ses schémas complexes et ses verbiages scientifiques, il s’agirait probablement d’un mauvais film. Mais quelles que fussent les intentions du réalisateur britannique, son film vise finalement le cœur avec autant d’adresse que ses prédécesseurs qui exploraient les méandres du cerveau et les phénomènes cosmiques.

Le dialogue semble plus évident avec des œuvres comme Gravity et Mission to Mars, deux films bien moins complexes qui font de l’espace un simple miroir tendu à l’esprit des personnages. Dans chacune des trois œuvres, cet espace devient un terrain d’introspection, où l’on se rend moins pour repousser les limites de l’exploration de l’univers que pour revenir avec des éléments de réponse aux questions plus intimes que pose l’existence. L’amour et la mort ont marqué le parcours terrestre des protagonistes (le deuil et la dislocation familiale), et c’est dans le but d’élucider le mystère des sentiments et de leur évolution au fil des années que ces derniers entreprennent leur voyage intersidéral.

Interstellar est en effet un film sur le temps, qu’il aborde sous différents angles. Le premier moment fort du film est son étrange ouverture qui fait du futur un retour à la terre et à l’agriculture, dans un univers qui rappelle les années 30 et où les robots et autres voitures volantes laissent place aux moissonneuses batteuses. Une fois que l’infiniment petit se met en route pour l’infiniment grand, c’est le montage de plusieurs vies, et de plusieurs temporalités qui prend le pas. Cela conduit à quelques longueurs – la scène interminable de l’incendie des champs – mais confère aussi au film une amplitude fascinante. Les échos entre la Terre agonisante et l’univers aux ouvertures infinies déclenchent un paradoxal sentiment de proximité avec ce qui brille à des années lumières de notre système solaire. Un lien étroit explicité dans la « scène de la bibliothèque », sans doute la plus belle proposition du film, qui transforme la théorie des cordes en théorème de l’amour transcendant le temps et l’espace.

La relativité du temps est ainsi de mise et conduit à quelques scènes très émouvantes, alors que les astronautes prennent conscience des heures qui se transforment en années pour l’Humanité qu’ils sont partis sauver. D’où cette autre idée intéressante de faire de l’expédition une véritable course contre la montre, qui maintient l’humanisme des personnages jusqu’aux confins de l’univers où ils ne perdent jamais de vue l’espoir de retourner vieillir auprès des leurs. Matthew McConaughey et Anne Hathaway tiennent merveilleusement leurs rôles, éclipsant toutefois une série de seconds rôles traités avec peu d’attention.

Enfin, au vu de son omniprésence et de sa grandiloquence, on peut difficilement oublier la bande originale de Hans Zimmer, fidèle collaborateur du cinéaste britannique. Le compositeur avait pour consigne, avant même de connaître le film, de livrer une partition qui explorerait tous les sentiments humains. Ses grandes orgues tonitruantes illustrent le caractère monumental du film, mais soulignent aussi avec aisance ses moments les plus sensibles. A travers cette musique, Hans Zimmer compose avec une large palette d’émotions, capable de tenir le spectateur en haleine au cours de la traversée d’un champ de blé ou de l’amarrage impossible d’un vaisseau, et de lui arracher quelques larmes tandis qu’un père assiste en pleurs au vieillissement de ses enfants au travers de messages vidéo transmis sur plusieurs années depuis la Terre.

Si Interstellar est – avec The Dark Knight – le meilleur film de Christopher Nolan, c’est peut-être parce que quelques belles idées, des plus simples, l’ont distancé dans son ambition démesurée. Quelque chose de profondément humain semble échapper à ses calculs, à son investigation scientifique et à ses maniaqueries scénaristiques. L’amour, la mort et le temps, tout ce qu’il est impossible de manier voire de représenter (peut-être l’infime part de mystère se trouve-t-elle derrière ces abstractions dont les personnages font leur quête ?), c’est ce qui anime cette odyssée et qui fait que l’on retrouve la Terre lessivé, mais forcé de jeter un œil aux étoiles avec nostalgie.

Thomas Manceau

Publicités

Une réflexion au sujet de « REVIEW: Interstellar, de Christopher Nolan »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s