MICRO-CRITIQUE: Gone Girl, de David Fincher

Gone Girl

[gare aux miroirs déformants]

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La mise en scène léchée de David Fincher était le meilleur choix possible pour mettre en images ce scénario manipulateur. Toute la noirceur du propos et l’ironie du cinéaste se trouve proprement emballée, et c’est ce qui fait tout l’intérêt de Gone Girl, non seulement pour la faille qu’il creuse entre le fond et la forme, mais aussi en tant qu’image même des récentes mutations du cinéma de Fincher.

L’art du réalisateur de Seven et de Fight Club a pris un tournant singulier en 2010 avec The Social Network. Déjà en germe dans Zodiac, l’évolution du style Fincher se caractérise par l’adoption d’une image qui se révèle moins liée à l’intrigue du film qu’à l’obsession du metteur en scène pour les médias et le formatage des images de la société dans laquelle il vit. La première moitié de sa filmographie était marquée par une photographie extrêmement sombre, aussi crasseuse que les histoires racontées. Si l’obscurité et les filtres jaunâtres sont toujours présents, depuis qu’il s’attaque aux grands sujets de son époque de façon plus ou moins explicite, son image se fait plus lumineuse, habile comme un trompe-l’œil. Dans Gone Girl, tout semble suspect, son cinéma devient une sorte de miroir déformant qui trahit volontairement la puissance de l’image.

Car Fincher cherche de quoi créer le malaise sans forcer le trait avec une réalisation fléchée et trop voyante. Les ruptures malaisantes se situent désormais dans la précision du rythme narratif, dans la méticuleuse direction des acteurs, mais aussi dans la collaboration hyper efficace avec le duo de compositeurs Trent Reznor/Atticus Ross. Le tandem distille un mélange de sonorités électroniques qui renforce le film grâce à un montage son déroutant. Dans Gone Girl, les nappes de synthé recouvrant les souvenirs idylliques de la relation entre Amy et Nick créent une sensation d’irréel, de factice, à la fois agréable et d’une artificialité dérangeante. Ce n’est qu’à l’occasion des scènes les plus violentes que les musiciens usent d’infra-basses et de sons mécaniques couplés à un montage plus incisif, influençant le ton du film autant que la mise en scène.

Le travail de mise en scène minutieux de Fincher sur Gone Girl vaut également par sa conjonction avec la psychologie des personnages : sous le maquillage éclatant qui recouvre le mariage des Dunne se dissimule une crise qui mêle secrets et manipulation. L’obsession de la perfection de Fincher semble ici gagner le jeu des acteurs – tous excellents -, peut-être plus que dans n’importe lequel de ses films précédents. Le perfectionnisme et le culte des apparences est à la fois au cœur du scénario et des variations formelles. S’il ne s’agit pas du chef d’œuvre de son auteur, Gone Girl est à voir pour sa dimension doublement réflexive, éclairant à la fois sur le caractère manipulateur de l’image médiatique et sur le cinéma de David Fincher, sournois et subtile sous son vernis clinquant.

Thomas Manceau

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