REVIEW: La Cour de Babel, de Julie Bertuccelli

La Cour de Babel

[une bonne copie]

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Un film documentaire sur l’intégration, c’est grand, peut-être trop, le sujet est si vaste et il faut le dire, si casse-gueule, qu’un angle d’attaque s’impose. Ici, La cour de Babel, comme son nom l ‘indique, semble se consacrer aux langues, et au français en particulier. Ils viennent d’Ukraine, de Serbie, de Guinée, d’Irlande, du Maroc. Certains sont la pour des raisons économiques, d’autres fuient les néo-nazis ou le danger d’être né femme et de l’excision. Tous ces enfants de 11 à 15 ans sont inscrits dans des cours dits « classiques » en 4ème et en 3ème et se retrouvent aussi dans une classe d’accueil pour travailler le français avec d’autres élèves, tout juste arrivés en France.

Le documentaire de Julie Bertuccelli possède un dispositif de réalisation discret, la caméra est posée, la réalisatrice ne prononce aucune parole et n’intervient pas par la langue avec les enfants dans le film. Cependant, cette classe écrit dans le temps du film la naissance d’un collectif. La volonté d’appartenir à une autre langue, en plus de sa langue maternelle, créée une dynamique de groupe intéressante et la réalisatrice se voit peu à peu obligée de délaisser les gros plans pour des plans larges et revoir sa profondeur de champ, de l’individu au groupe.

Laisser la parole se décanter, respirer, accentuer et enfin se libérer par des propos qui parfois s’emballent autour de sujets conflictuels, comme la laïcité, donne au film une dimension (celle de la polémique) qui ne va pas au bout de son esquisse, et qui délaisse l’intérêt de la langue et de la constitution du groupe pour un retour social et des débats qui enflamment parfois la société.

Mais, face à cela, l’histoire des individus désamorce sans cesse le fantôme du conflit, pour une réalité plus globale, plus mondiale, que l’on ne montre que trop rarement. C’est dans ce contexte que ce film d’apparence dithyrambique sur l’école Républicaine atteint son paroxysme. Comme l’a dit Jean Philippe Tessé dans le dernier numéro des cahiers du cinéma : « Comme toutes les friandises, ce bonbon républicain se limite à son effet de fraîcheur ». Il est vrai que dans le contexte politique actuel, et la réalité sociale nous le montre tous les jours, on pouvait attendre un discours plus politique, pas politisé mais politique sur l’état des choses et des faits.

Car pour la réalisatrice, tout ce qui sort de l’école, ou du cadre scolaire, n’existe que par les mots, ceux des enfants et ceux des parents. L’image du contexte de la vie hors du sanctuaire que semble être cette classe ne passe que par la parole. C’est un parti pris de réalisation me direz-vous, seulement n’est-ce pas vouloir rajouter un contenu en filigrane, qui de plus n’est jamais exploité, ce temps de l’extérieur, hors des murs apparaît comme un filtre qui occulte l’intérêt de la langue, sans pour autant s’attacher à développer un contexte social visible. Cela détourne donc plus de la parole et de son travail.

Ce film qui se montre comme un travail sur la langue est en réalité un travail sur le développement du collectif et l’attachement que construisent peu à peu ces jeunes déracinés. C’est par cette perspective que La cour de Babel acquiert un intérêt certain. L’intégration par le langage, qui dépasse le cadre linguistique pour montrer un certain travail scolaire, peut-être cinématographiquement un peu trop sanctuarisé, mais qui malgré un reflet du réel extérieur un peu pâle, nous montre en creux un certain état de l’intégration scolaire, moins dépréciatif que le discours ambiant, et qui redonnent confiance dans les capacités du système scolaire à intégrer les jeunes migrants.

En somme, la caméra qui s’installe comme un élève nous montre un beau travail sur la construction collective, qui est aussi une des limites face à la multiplicité des sujets proposés. Une bonne copie, toutefois un peu trop scolaire.

Théo Martineaud

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