REVIEW: The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson

The Grand Budapest Hotel

{dandyism against fascism]

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Le film d’un film, dans un film dans un livre, Wes Anderson reprend à son compte et pour le meilleur son travail cinématographique et littéraire. Celui de l’influence, de l’allusion et de l’hommage avec dans son viseur une certaine idée du cinéma, du burlesque et de l’histoire.

Dans cet univers en fuite, de la violence des « nazigzags » à l’impolitesse d’un monde qui meurt, M. Gustave et son jeune Lobby Boy Zéro Moustafa courent, tombent et se relèvent, dans une image qui passe vite du cinémascope au 1.85:1 puis au 4:3. De ses allusions burlesques qui l’accompagnent, le film met en scène le péril de la civilisation du monde d’hier et de ce souvenir européen. Bien que tout soit renommé et plastiquement modulé ou inventé, le poids de l’histoire du cinéma (le Burlesque, Ernst Lubitsch) et de l’Histoire tragique de l’Europe (la montée du nazisme) est palpable. Qu’il s’agisse des véritables gueules des acteurs ou des couleurs roses et oranges du décor qui s’offrent à nous, Anderson se permet l’image d’un cinéma de trucs et de couleurs, une échelle comme pellicule qui coule, des personnages en stop motion (image par image) ultra-rapide pour une course poursuite incroyable.

On y retrouve ici l’odeur des pages vieillies, comme a pu le faire Truffaut avec Henri-Pierre Roché pour Les deux anglaises et le continent, le littéraire s’invite, se déclame comme une poème, un flot ininterrompu qui, lorsqu’il flanche est repris par la beauté symétrique des plans marquant la césure des formes et du récit, (cette même dimension littéraire que nous pouvions apprécier dans La Famille Tenenbaum).

Tout prête à rire, mais rien n’est dérision. Bien que l’humour soit le maître mot, la mélancolie d’Anderson n’est pas loin, dans les silences et les retours intempestifs qui semblent involontaires des personnages dans le cadre, dans ce décalage des flash-backs et l’entrelacs des histoires. Anderson nous conte « ce qui fut », ce monde civilisé aux couleurs de pâtisseries crémeuses dans lequel le ver et le vert de gris s’installent dans le gâteau, ou les manières aristocratiques décroissent et ou l’on tue avec barbarie, mais en chaussettes. Une violence inédite mais dosée et toujours drôle qui ajoute à la tension de l’histoire, car l’horreur n’est-elle pas plus dérangeante lorsqu’elle fait sourire ?

Voilà l’exemple d’un cinéaste qui ne renonce pas aux rêveurs et aux romantiques. Même s’il sait qu’il arrive après le cinéma qui a porté les formes romantiques et utopiques au sommet, Anderson ne recule pas. Il pousse ses formes, ses acteurs, son récit, un peu plus loin dans son délire plastique, avec sa troupe d’acteurs fantaisistes (il faut évidemment souligner le casting impeccable).

S’il était un dernier message Andersonnien qu’il nous faudrait suivre après ce film, il serait « Dandyism against Facism ! » en lettres roses tissées sur du velours bleu et recouvrant une porte d’hôtel délabrée avec des marques de balles de la seconde Guerre. Ce serait le programme politique du récit, dont les formes se répondent par échos dans les montagnes de la République de Zubrowka et se referment avec délicatesse sur les pages du film.

Théo Martineaud

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