REVIEW: Dallas Buyers Club, de Jean-Marc Vallée

Dallas Buyers Club

[bêtes parmi les hommes]

Film-Toronto Preview

Il y a des films qui ne révolutionnent pas le cinéma, qui n’en n’ont pas la prétention et qui s’en sortent bien. C’est ce que nous prouve Jean Marc Vallée dans Dallas Buyers Club, film « Biopic » (biographical motion picture) retraçant la vie Ron Woodroof, incarné (et le mot est faible) par Matthew McConaughey. A 35 ans, cet électricien et champion de rodéo apprend qu’il est porteur du V.I.H et qu’il va bientôt mourir. Même si un traitement existe, ce dernier est très dangereux et la fédération des médicaments aux U.S.A ne souhaite pas tenter d’autres expériences que celle du médicament AZT. Ron Woodroof monte alors un réseau de médicaments alternatif qu’il importe du Mexique et d’autres pays, des médicaments moins douloureux et moins dangereux pour les séropositifs qui le rejoignent dans son club.

Même si le scénario nous fait découvrir une réalité cruelle, elle correspond aux canons hollywoodiens : un homme, homophobe, junky, macho etc… va totalement se repentir face à l’injustice de sa maladie et de celles des autres. L’histoire aisément prévisible devient alors un faire valoir pour la représentation du corps. Sous cet angle, les deux acteurs Matthew McConaughey et Jared Leto livrent deux performances troublantes, deux bêtes parmi les hommes. Le personnage de Ron Woodroof est assimilé aux taureaux qu’il monte, imprévisible et véritable image de la figure masculine du Sud des États-Unis. Il est en quelque sorte déjà une bête parmi les hommes, une bête qui sera achevée dans son monde avec le sida. L’importance du corps de cet animal est donc immense, par le bassin desaxé vers l’avant, les joues creusées et une tonicité nerveuse, derrière le chapeau et les Ray Ban, le jeu de McConaughey s’étend dans tout ce qu’il a d’immersif, véritable image stéréotypée, proche du redneck, il est macho, misogyne, hétérosexuel, homophobe, drogué et alcoolique. Il vient planter une image cynique et critique de la tradition dans ce qu’elle a de plus dégradante. Face à cela, Jared Leto interprète Rayon, un jeune travesti séropositif, qui se construit en contrechamp total en comparaison à Matthew McConaughey. Il est, lui aussi, une bête de foire. Résidant sur le versant opposé, contre la tradition et la représentation hétéro-normée, jouant un homme qui joue une femme, donnant place unique à ce qu’il a de plus féminin. L’immersion dans le personnage est si impressionnante qu’il n’est pas évident de reconnaître Jared Leto dans la séquence qui l’introduit.

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La rencontre de ces deux personnages et leur combat face au sida et aux médicaments légaux va bien sûr entraîner les péripéties classiques attendues : la rencontre, la haine, puis l’amitié, la combat face au système de santé etc… Et bien évidemment, ce film vient confirmer la bien-pensance hollywoodienne et sa force idéologique dans l’industrie de la représentation. Mais, Jean Marc Vallée réalise son film avec un classicisme humble et minimaliste, donnant de l’espace à sa mise-en-scène pour une évolution corporelle des acteurs. McConaughey devient la vision d’un combat à la première personne face à l’épreuve du sida, le développement des corps fait surgir une bestialité dissonante dans sa confrontation avec Jared Leto.

Si toutefois le film ne brille pas par son inventivité de mise-en-scène, il a toutefois l’honnêteté de rester dans un cadre qui met en avant ce qu’il a de meilleur, ses acteurs, en développant leurs individualités avec un regard tendre, même sur ce qu’ils ont de plus inhumains dans leurs comportements, le tout, sans y ajouter un surplus de mièvreries consensuelles. Le sujet faisant déjà office d’empathie instantanée et offrant un regard sur une période historique sombre pour les séropositifs aux Etats-Unis, il n’est pas étonnant qu’il récolte un grand nombre de prix, malgré ses défauts. Il reste en dernier lieu l’acteur, car après Le Loup de Wall Street, où il jouait avec DiCaprio la scène la plus hilarante du film, Matthew McConaughey s’installe définitivement à Hollywood avec Dallas Buyers Club.

Théo Martineaud

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