REVIEW: La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche

La Vie d’Adèle

[explosion émotionnelle]

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Prologue : Beaucoup de critiques de ce film sont publiées et rabâchent à nos oreilles cinéphiles des conditions de représentation de ce que « DOIT ÊTRE » l’amour lesbien. N’est-ce pas étrange d’entrer dans une forme de communautarisme sexuel pour la représentation cinématographique. S’accaparer un objet filmique comme objet de revendication communautaire est quelque chose de contre productif dans le cadre de l’analyse d’image. Demande-t-on aux hétéros ce que devrait être la représentation de l’hétérosexualité quand un mélodrame mettant en scène une femme et un homme sort en salle … Même s’il est sur-médiatisé et surestimé de fait par sa Palme d’Or, ce virage me semble regrettable d’autant plus que le film ne suscite pas cela. Il y a autant de sexualités que d’êtres sexués et autant de mises-en-scène et de fantasmes que de cinéastes.

Le cul entre deux chaises, d’un coté la passion de la découverte amoureuse, de l’autre le retour du réel et les limites de la passion. Cette limite que l’on peut aborder sous deux angles : la dévoration et la condition sociale.

Le film commence par nous prendre aux tripes, progressivement, comme un coup de foudre qui prendrait son temps entre Adèle et le spectateur. Et c’est d’ailleurs par ce travail sur le temps et l’espace que Kechiche nous emporte. Avec une mise-en-scène du corps s’appuyant sur le morcellement, le corps d’Adèle nous appartient, bien avant qu’il n’appartienne à Emma, et c’est peut-être pour cela que les scènes de sexe, par delà la longueur, inspire un malaise.

Par ailleurs, je profite de parler du temps et de l’espace pour rétorquer aux spectateurs du dimanche que si le film ne durait pas 3 heures vous n’éprouveriez pas l’émotion que suscite le film.

S’appuyant sur la découverte sexuelle et amoureuse, Kechiche nous embarque dans le tourbillon de la vie d’Adèle, qui petit à petit, s’effrite au grès d’une vie de couple qui fait resurgir le problème des différences sociales, jusqu’au déterminisme. Ce sujet étant l’un des sujets de prédilection de Kechiche, il ne faut toutefois pas considérer l’appartenance sociale des personnages comme une vérité en soi, comme un exemple canonique qui enfermerait les personnages dans cette boite. Par ailleurs, le dialogue de la bande annonce sur Sartre et Bob Marley est une des clefs du film. Emma parle de « L’existentialisme est un humanisme », avec cette phrase de Sartre « L’existence précède l’essence ». Mais n’est-ce pas l’inverse pour Emma. Elle qui renonce à son amour passionné pour se mettre en couple avec quelqu’un de son rang ? N’est-ce pas là l’ultime choix et l’ultime tragédie du film ?

Par ailleurs, Kechiche amorce ce discours dans la scène de réception chez Emma et Adèle lorsque nous voyons en fond, dans l’arrière plan de l’image un écran sur lequel est projeté le film de 1929, « Lulu » de Pabst. Film dans lequel il était déjà question d’amour qui se confrontait au rang social.

Face à cette dimension sociale, Kechiche nous parle d’amour et de sexe. DU SEXE, comme s’il n’avait jamais été montré, du SEXE pendant 7 minutes, du SEXE jamais rassasié et qui en reprend, comme Adèle se ressert des spaghettis, et qui devient le média, et le discours de la rencontre possible.

De cette tension sociale et sexuelle travaillée pendant plus de 2 heures, l’explosion émotionnelle est inévitable comme la mort dans la tragédie, ou la mort dans la B.D « Le bleu est une couleur chaude ».

Théo Martineaud

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