REVIEW: Alabama Monroe, de Felix Van Groeningen

Alabama Monroe

[l’émotion tatouée à fleur de peau]

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Aller voir un film belge en flamand sous-titré français, un mélo sur deux loosers de Gand, un film primé dans un festival sérieux comme l’est le festival du film de Berlin. Le tout dans un cinéma d’Art & Essai de Poitiers, portant le nom d’une actrice décédée que vous n’avez peut-être jamais vu dans les films que vous regardez. Le Dietrich, vous savez, cette salle qui sent bizarre et où l’on est souvent seul avec deux vieux acariâtres, un boutonneux universitaire et un couple qui ne sort de nulle part, avec le dos cassé par des sièges trop bas devant des bandes annonces étranges, mais dont la programmation est sûrement la plus surprenante et la plus audacieuse du Grand Poitiers. Eh bien, c’est dans cette salle qu’il fallait être pour voir le dernier film de Felix Von Groeningen, réalisateur remarqué en 2009 au festival de Cannes pour La merditude des choses.

Maintenant assez de verbiages comiques et tendancieux, passons au film. Elise et Didier tombent éperdument amoureux. Lui est musicien de bluegrass et retape une maison en vivant dans sa caravane. Elise vit à Gand, elle est tatoueuse. De cet amour née Maybelle, la suite n’appartient qu’au film et au spectateur.

Dans ce mélo belge, qui s’apparente d’ailleurs plus à un drame-érotico-musico-expérimental (oui j’aime les étiquettes qui ne collent pas), le réalisateur nous porte de bout en bout avec un pari osé, l’émotion importe plus que la narration alors que, dans le cadre du mélo classique, c’est la narration et ces procédés qui induisent l’émotion. Autant vous dire que pour parier cette mise, vous devez avoir deux grands acteurs et c’est le cas, mais c’est aussi par un montage surprenant, faisant fis des règles temporelles de continuité induisant la montée en puissance dramatique que le film atteint son apogée émotionnelle.

Inscrivant à la fois l’émotion par la lumière sur la pellicule de la bobine, et par l’encre sur la peau de son actrice. Le film vient soulever avec vérité et parfois avec dureté les problèmes qu’il aborde tel que la foi, en les contrebalançant sans cesse par cette musique bluegrass qui nous ramène dans le texte à l’amour de plus en plus difficile entre les deux personnages. Nous avons donc à faire à un film qui puise sa base historique et esthétique dans le mélodrame américain, qu’il n’oublie pas de rappeler par la musique et par son intérêt narratif pour les États-Unies. Le tout en retravaillant le genre de l’intérieur, formellement par la narration, dans les interrogations pour son ancrage européen, cela en n’oubliant pas l’émotion inhérente au genre.

En somme, un film qui nous berce avec vivacité, tendre et soutenu, obligé d’essuyer ces quelques larmes avec un kleenex qui n’en demandait pas tant, une émotion tatouée à fleur de peau. Encore une fois, le cinéma belge a frappé, en laissant ballant son coup droit comique pour un crochet mélodramatique. Vainqueur par K.O cinématographique.

Théo Martineaud

 

 

 

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