REVIEW: Le Loup de Wall Street, de Martin Scorsese

Le Loup de Wall Street

wolf

Inspiré par une base littéraire, Le Loup de Wall Street est réalisé par Martin Scorsese d’après les mémoires de Jordan Belfort, un truand boursier et arriviste. Dans ce film, Scorsese travaille sur le pouvoir du corps et surtout de la parole, sa force de persuasion sur les protagonistes, ainsi que sur celui qui la profère.

Comme pour les flux boursiers, les flux de paroles amènent les flux visuels, les délires corporels, et embarquent le film dans un délire tragi-comique. Tantôt bouffon, tantôt cynique, Scorsese réunit en un film, un développement filmographique que l’on a vu poindre avec Les Infiltrés, qui portait déjà en lui une duplicité tragi-comique.

Comme si on avait mixé Casino et After Hours au shaker, le tout accompagné par un coulis d’Affranchis à La Valse des Pantins. Di Caprio est toujours là et s’essaye après De Niro, après Nicholson, à l’over-playing, au sur-jeu, en lui apportant un corps exultant et une parole démesurée à la fois provocatrice et cynique.

Une fois la parole prise, les personnages sont inarrêtables, sans limites, sans surmoi, car l’argent achète tout. Ici, le comique ne vient pas seulement de la bonne phrase ou du bon mot, mais de la prise de parole même.

La réalisation procède à une relecture personnelle et ironique des effets devenus règles dans le cinéma de Scorsese, comme la voix-off introductive à la 1ère personne, qui accompagne le personnage principal et présente les personnages secondaires. Ou encore une figure de style remise au goût du jour récemment par la série House of Cards : l’adresse au spectateur par le regard caméra et les paroles qui en découlent.

Ces effets font de cette comédie un film à l’énergie épuisante, ce qu’il n’oublie pas de nous rappeler par sa longueur, trois heures (entièrement justifiées pour le but visé).

Cependant, Scorsese garde ce qui fait la spécificité des maîtres du Nouvel Hollywood dans le cinéma américain d’aujourd’hui, c’est-à-dire l’histoire et l’intrigue, jubilatoire et tragi-comique, ne faisant que redoubler la force visuelle du film. Car le film porte en lui tout un carnaval, des acteurs jusqu’aux procédés narratifs. Les billets verts ravivent l’instinct bestial et la folie des pulsions sans frontières, Di Caprio développe son jeu jusqu’à l’extrême comique, doublement incarné par la séquence des cachets, où le corps suit l’invraisemblable démesure du personnage, même drogué.

A coté de lui, Jonah Hill et Matthew McConaughey viennent redoubler cette démesure, mettant au passage une claque à ce qu’on appelle aujourd’hui la « comédie américaine » et qui ne fait rire que les gamins de 10 ans et dont on nous abreuve depuis 15 ans. Comédie américaine dont une de ses figures tutélaires : Jonah Hill, vient de tirer son épingle du jeu pour le meilleur.

Que ce soit pour les couleurs, le récit ou la folie, pour le jeu des acteurs et l’hystérie collective, ce film constitue une nouvelle marche dans la filmographie de Scorsese, à la fois pour les conquis et pour le grand public.

Théo Martineaud

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s